Lettre d'information de la DRAC Rhône-Alpes

Patrimoine restauré

Un nouveau toit pour l’ancienne abbaye de Talloires

patrimoine - Haute-Savoie

L’ancienne abbaye de Talloires est un vestige majeur, bien que fragmentaire, de la riche histoire monastique des départements savoyards.

Un premier établissement religieux, « la cella de Thiberge », constitué d’une modeste chapelle et d’abris ouverts aux moines errants est fondé à Talloires en 866, par la reine Thiberge, femme de Lothaire II, arrière-petit fils de Charlemagne. En 1018, Rodolphe III de Bourgogne fait don du domaine de Talloires à l’abbaye bénédictine de Savigny (Rhône). Celle-ci entreprend alors la construction d’une église à trois nefs qui est consacrée en 1031. Vers 1620, saint François-de-Sales, évêque du diocèse d’Annecy depuis 1602, réforme le prieuré, dont la règle s’est relâchée : les moines vont désormais se conformer à la « règle salésienne ». En 1674, le pape Clément X transforme le prieuré en abbaye royale, que deux incendies successifs détruisent. L’ensemble abbatial est reconstruit à partir de 1681 : ce sont les bâtiments actuels. En 1787, Talloires faisant alors partie du duché de Savoie, la cour de Turin se saisit des biens de l’abbaye où ne vivent plus que quelques moines. En 1833, l’église est détruite et rasée. A la fin du XIXe siècle, l’abbaye devient un hôtel où séjourneront l’écrivain américain Mark Twain ou le peintre Paul Cézanne. En 1896, ce dernier y peignit de nombreuses aquarelles et une huile sur toile intitulée Le lac bleu, aujourd’hui conservée à l’institut Courtauld de Londres.

La protection des vestiges subsistants au titre des monuments historiques a lieu après 1860 – date du rattachement du Duché de Savoie à la France – et c’est le 24 février 1944 qu’est pris l’arrêté d’inscription des bâtiments de l’ancienne abbaye de Talloires.

Les défis d’un chantier de restauration

L’édifice est toujours actuellement un hôtel quatre étoiles, par conséquence la difficulté du chantier de restauration des toitures qui vient de se terminer a été de concilier les travaux avec la poursuite de l’exploitation hôtelière. L’entreprise retenue a dû intervenir pendant la courte fermeture hivernale, alors que les conditions climatiques, à cette période, sont incertaines et difficiles.

Par ailleurs la chute, le huit décembre 2014, d’une grue de 50 tonnes, heureusement sans autre dommage que matériel, a occasionné un retard imprévu.

Les travaux de restauration, exécutés sous le contrôle scientifique et technique de la DRAC Rhône-Alpes – Conservation régionale des monuments historiques, se sont élevés à un peu plus de 500 000 €. Une subvention de la DRAC Rhône-Alpes (ministère de la Culture et de la Communication) de 145 000 € a été octroyée, soit environ 29 % du montant total.
Le taux exceptionnel de cette participation a permis la mise en œuvre d’une tuile plate de type « fer de lance ». Le choix de cette tuile était justifié non seulement par la volonté de mettre en œuvre un matériau le plus proche possible des tuiles anciennes encore en place, mais aussi par la situation et la visibilité exceptionnelles de l’ancienne abbaye sur la rive Est du lac d’Annecy.

Frédéric Sauvage

Entreprise : Charpente/couverture Guenot Associés à Seynod
Contrôle scientifique et technique : Frédéric Sauvage (CRMH) et Service territorial de l’architecture et du patrimoine


Abbaye de Talloires © F. Sauvage DRAC

Abbaye de Talloires © F. Sauvage DRAC

Abbaye de Talloires © F. Sauvage DRAC

Abbaye de Talloires © F. Sauvage DRAC

Abbaye de Talloires © F. Sauvage DRAC

Abbaye de Talloires © F. Sauvage DRAC