Lettre d'information de la DRAC Rhône-Alpes

Histoire d’une dation : Les vantaux de la porte de la chapelle du Château de la Bâtie d’Urfé

patrimoine - Loire

Histoire de la porte de la chapelle de la Bâtie d’Urfé située à Saint-Etienne-le-Molard (Loire)
 
La maison forte médiévale de la « Bâtie d’Urfé », transformée au XVIe siècle par le bailli de Forez Claude d’Urfé (1501-1558), est un rare exemple de château de plaisance caractéristique de la Renaissance dans la Loire. Inspiré par ses nombreux voyages, notamment en Italie auprès de François Ier, Claude d’Urfé entreprend des travaux de grande ampleur à la Bâtie pour l’aménager dans un style nouveau. En pénétrant dans la chapelle, le visiteur du XVIe siècle découvre un décor riche constitué des lambris sculptés de Fra Damiano da Bergamo, des toiles de Gerolamo Siciolante, ainsi que de l’exceptionnel pavement de carreaux de terre cuite vernissée de Masséot Abaquesne, qui répond, comme dans un jeu de miroir, à la voûte à caissons en stuc rehaussé d’azur et d’or.
 
Pour mettre en valeur l’entrée de la chapelle, Claude d’Urfé commande en 1557 une porte en bois richement ouvragée et à l’iconographie complexe. Les vantaux en partie centrale présentent un épisode de l’Exode, Moïse consacrant l’autel d’Aaron (Exode 29), scène qui se déroule immédiatement après la conclusion de l’ancienne Alliance entre Dieu et son peuple. Sur le tympan, deux anges présentent les instruments de la Passion, symboles qui font écho au thème des vantaux, puisque ces instruments évoquent la résurrection du Christ qui scelle la nouvelle Alliance entre Dieu et les hommes. Par le choix des scènes représentées, la porte illustre le thème de l’Eucharistie, remis à l’honneur au cours du Concile de Trente, auquel avait participé Claude d’Urfé. D’un point de vue stylistique, le traitement particulier de la musculature des personnages et leurs attitudes contournées sont proches du cycle de tableaux de la chapelle, peint par le maniériste Siciolante.
 
La dispersion des œuvres de la chapelle et le retour des portes grâce à la dation
 
Après l’extinction de la famille d’Urfé, le château de la Bâtie passe de mains en mains jusqu’au XIXe siècle. Puis en 1874, les éléments décoratifs de la chapelle sont dispersés. Actuellement, le musée du Louvre conserve la marche de l’autel de Masséot Abaquesne. Le Metropolitan Museum de New York possède les lambris ainsi que les retables des autels de la chapelle et de l’oratoire, tandis que le reste des carreaux qui recouvraient le sol sont disséminés dans divers musées français et les vitraux chez des propriétaires privés.
 
Les éléments de la porte de la chapelle ont également été dispersés. Achetés à la fin du XIXe siècle par Gustave de Rothschild, qui les installe dans son hôtel parisien de l’avenue de Marigny, les vantaux de la porte restent dans la famille jusqu’en 2001. Ils deviennent alors propriété de l’Etat par dation, principe qui consiste à s’acquitter d’une dette fiscale par la remise d’ oeuvres d’art au patrimoine national. En réponse à une demande du Conseil général de la Loire, qui avait déjà acquis le tympan de la porte en 1990, l’Etat a proposé le dépôt des deux vantaux à la Bâtie d’Urfé, qui font à présent partie des éléments majeurs de l’exposition permanente.
 
Auteurs : Olivia Bourrat, conservatrice des monuments historiques - DRAC Rhône-Alpes
Raphaël Jourjon, responsable du service du patrimoine culturel et Sophie Wessbecher, médiatrice au service du patrimoine culturel - Conseil général de la Loire.
 
En savoir plus :

Le dispositif de la dation
 
Bibliographie :
 
Claude d’Urfé et La Bâtie. L’univers d’un gentilhomme de la Renaissance. Saint-Etienne : Conseil général de la Loire, 1990. 210 p.
Le Pays d’Astrée, canton de Boën, Bardisa Marie, Guibaud Caroline. Monnet Thierry, commune de Sail-sous-Couzan, Loire. Lyon : ADIRA, 2003 (Images du Patrimoine ; 221). 96 p.
Le château de la Bastie d’Urfé et ses seigneurs, Soultrait Georges de, Thiollier Félix. Le château de la Bastie d’Urfé et ses seigneurs. Saint-Etienne : F. Thiollier, 1886. 57 p. ; 74 pl.
 
Les dossiers de l’Inventaire du patrimoine culturel sur cet édifice sont consultables au centre de documentation du service régional de l’Inventaire du patrimoine culturel Rhône-Alpes, 6 quai Saint-Vincent, 69001 Lyon.
 
 

Vantaux de la porte de la chapelle

Vantaux de la porte de la chapelle

© Nikole Daussin-Charpentier

Tympan de la porte de la chapelle

Tympan de la porte de la chapelle

© Nikole Daussin-Charpentier

Vue intérieure de la chapelle avant son démantèlement (XIXe siècle)

Vue intérieure de la chapelle avant son démantèlement (XIXe siècle)