Présentation générale
Yves Belmont, août 2008.

« Le nouveau a toujours contre lui les chances écrasantes des lois statistiques et de leur probabilité qui, pratiquement, dans les circonstances ordinaires, équivaut à une certitude ; le nouveau apparaît donc toujours comme un miracle ».
Hannah Arendt, Condition de l’homme moderne.

Le XXe siècle

Tous les auteurs s’accordent pour reconnaître que le XXe siècle a été en premier lieu – à l’instar du siècle qui l’a précédé – une affaire de quantité, sans précédent, résultant du triple effet de la poussée démographique, de la concentration urbaine et de la révolution industrielle, dont on ne cessera de répéter qu’elle n’a pas été qu’une affaire de science, de technique ou de technologie, de commerce et de commercialisation, mais aussi – et surtout, pour notre bonheur et pour notre malheur – de domestication de l’énergie (charbon puis hydro-électricité puis pétrole…). L’épisode de la reconstruction s’insère dans ce mouvement d’ensemble, dont il rehausse l’ampleur et renforce les traits.

De cette révolution, les programmes traditionnels de l’architecture sont sortis profondément renouvelés. C’est à ce titre que les ouvrages d’art, barrages mais aussi ponts et viaducs, attachés aux transports, ont trouvé leur place dans le corpus, sans qu’une place particulière ait été réservée aux bâtiments de l’industrie, directement tributaires des processus de production et ayant fait l’objet, par ailleurs, de travaux d’inventaire distincts.
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L’habitat, ensuite, est devenu, pour une part, un habitat de masse, engendrant – et il s’agit là du résultat de politiques qui se sont étalées tout le long du siècle – des formes diversifiées de logement social. À cet habitat du travail a répondu un habitat de loisir – cette autre grande invention de la modernité – particulièrement bien illustré par les stations de sports d’hiver dont les formes ont, elles aussi, évolué très vite. Un parallèle peut être fait avec les édifices publics : si certaines mairies – dont l’Hôtel de Ville de Grenoble (Isère) – ou universités ont accompagné le mouvement des mutations sociales et de la concentration urbaine, on relève dans la liste la présence soutenue d’équipements sportifs, qui répondent, terme à terme, de la question du loisir.

Les formes, pour leur part, ont été soumises, pour l’essentiel, à l’avènement du fonctionnalisme et, pour partie, à son dépassement. Le fonctionnalisme a modifié en profondeur l’architecture – tant du point de vue de la distribution des locaux – qui se diversifie et se complexifie, en prenant une certaine autonomie dont l’usine est l’emblème, que de celui de la construction qui se donne à voir « comme telle », sans ornement, mais non sans une certaine affectation, qui n’est autre que l’ébauche d’une représentation, d’une mise en scène de celle-ci, qui traverse par ailleurs toute l’histoire de l’architecture.
La période imposée (1900-1975) a voulu qu’une part significative du corpus soit néanmoins antérieure à cet avènement, tout en se dégageant de l’éclectisme et de l’historicisme qui ont dominé le XIXe siècle. L’Art nouveau et l’Art déco, tous deux engagés dans un renouvellement résolu des formes, qui ne se départit pas d’un goût prononcé pour l’ornementation et pour l’ostentation, sont présents dans le corpus, avec des œuvres d’une grande qualité. En aval, la fenêtre chronologique s’arrête avec l’épuisement et la remise en question du fonctionnalisme auquel a été reproché, dans les années 1970, un manque d’ancrage, tant culturel (Jenks) que topographique (Muratori). Entre ces deux bornes se déploient les grandes étapes du mouvement moderne : l’emprise de l’histoire nationale, et même internationale, est alors prépondérante.

La construction n’a pas échappé à ces bouleversements. La technique atteint, pour les ouvrages d’art et les structures en particulier, des performances inégalées tout en se révélant, pour le second œuvre, souvent déficiente, du point de vue de l’étanchéité à l’eau et à l’air, ou encore de l’isolation. Parmi les matériaux, le béton occupe une place de choix, surdéterminée et paradoxale, en raison de la multiplicité, bien souvent ignorée, de ses applications qui réservent par ailleurs la part belle au béton brut, véritable substitut de la pierre, tant en structure qu’en parement. Cette prépondérance du béton ne doit pas occulter le recours à d’autres matériaux comme l’acier, qui a servi pour réaliser la structure de l’ensemble des Gratte-ciel de Villeurbanne (Rhône) ou comme le bois (MIN de Grenoble). Le second œuvre (murs rideaux et parois légères) est dominé par les productions des ateliers de Jean Prouvé, qui relèvent de la serrurerie.



ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Rhône-Alpes