Reproduction en attente d'autorisation



Reproduction en attente d’autorisation

Le Corbusier, Iannis Xénakis, André Wogensky et Fernand Gardien (architectes)
3e quart 20e siècle
1956 – 1960
Eveux sur l’Arbresle – Rhône (69)
Belmont Yves


Historique
Le couvent de la Tourette est construit – paradoxalement pour des dominicains – hors les murs, sur une propriété de l’ordre qui forme à elle seule un domaine complet, avec château et dépendances, établis sur un tènement clos orienté nord-ouest qui domine la vallée de la Brévenne. Le domaine est agrémenté de fabriques, dont une tour néo-médiévale, aujourd’hui détruite, d’où il a tiré son nom. Il répond de la volonté de rapprocher de Lyon le couvent d’études ou « studium » où se formaient les frères et qui était alors installé à Saint-Alban-Leysse, près de Chambéry (Savoie). Un premier projet, établi par Maurice Novarina, est rejeté par le père Couturier qui écarte l’architecte au profit de Le Corbusier, contacté au cours de l’été 1953. Le projet, élaboré sur les mêmes bases que celui de Maurice Novarina (emplacement, distribution générale) est confié au musicien Iannis Xenakis, collaborateur de Le Corbusier qui le mène à bien, malgré une enveloppe financière restreinte et les conditions difficiles qui en résultent, qui rejailliront sur l’apparence rugueuse – et unique - des ouvrages, exécutés par l’entreprise Sud-Est Travaux et construction, de Lyon. A l’image du Bauhaus de Dessau, le couvent ne fonctionnera conformément à sa destination d’origine qu’une grosse dizaine d’années. Les turbulences de mai 1968 finiront par avoir raison du projet de studium initial qui cède alors la place à ce qui deviendra le Centre Thomas-More, qui a précédé l’actuel « centre culturel de rencontre ».


Description
Tout a été dit sur la composition de cet ensemble qui ne lasse pas de surprendre par son ampleur, sa puissance et son originalité. On retiendra ici qu’il résulte d’un renversement déjà contenu dans les « cinq principes de l’architecture » de Le Corbusier et qui se résolvent en une série d’oppositions :
- l’édifice, construit à flanc de coteau, est suspendu sur plusieurs registres de piliers et de colonnes : sa base aride et accidentée est aérienne, tandis que son couronnement apaisé, nivelé en terrasse et ouvert sur les lointains, est livré à la végétation qui pousse en plein ciel ;
- la distribution interne en cloître avec des galeries régulières est supprimée au profit d’un jeu de galeries basses disposées en croix, de géométrie complexe ou rejetée, au-dessus, en périphérie, pour contourner la bibliothèque, avant d’être rétablie derrière un jeu de vitrages aux découpes harmoniques qui laissent entrer une abondante lumière. Les autres circulations reprennent à leur compte le principe de la fenêtre horizontale filant à hauteur des yeux ;
- la porte à guichet à vantail unique de l’église à laquelle conduit la galerie descendante nord, vitrée sur le côté droit, pivote sur un axe déporté qui s’oppose à son plein dégagement ;
- dans l’église, tout se renverse à nouveau : l’aspect aérien et lumineux cède le pas à une forte pénombre où la lumière guidée par des à-plats colorés est dirigée, au sein d’un ample volume orienté, avec chœur et contrechœur, qui résonne. Un chemin détourné conduit à la crypte – desservie par la sacristie et à l’origine réservée à la célébration des pères – qui réconcilie la terre, dont elle épouse en souplesse la déclivité et le matériau (béton de graves) et le ciel retrouvé, contre la loi du genre, pour une crypte, à travers l’éclairage zénithal des « canons à lumière » aux couleurs tranchées.
Observation
Le couvent de la Tourette constitue, tant par son site et ses formes que par sa fortune critique, une exception au sein du présent corpus, auquel il est néanmoins rattaché. On peut lui appliquer ce que Charles Jencks à écrit au sujet de l’église de Ronchamp (Haute-Saône) : « Nous butons sur cette pierre de Rosette, ce fragment d’une civilisation perdue, et chaque fois que nous décodons sa surface, nous arrivons à des significations cohérentes, dont nous savons qu’elles ne renvoient à aucune pratique sociale précise, en dépit des apparences. L’édifice est tellement chargé de métaphores, les rapports entre les divers éléments sont si précis qu’on ne peut s’empêcher de penser que les significations en ont été fixées par une traduction rituelle au moins séculaire… ». (Le Langage de l’architecture post-moderne, Paris, Denoël, 1984, p. 49). On doit désormais lui adjoindre l’église Saint-Pierre de Firminy , enfin achevée et pas moins énigmatique.
Liens
Site du Centre culturel de rencontre de la Tourette
« Les Utopies réalisées »


ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Rhône-Alpes