Cité, dite les Gratte-ciel Cité, dite les Gratte-ciel Cité, dite les Gratte-ciel Cité, dite les Gratte-ciel Cité, dite les Gratte-ciel Cité, dite les Gratte-ciel Cité, dite les Gratte-ciel



Leroux Môrice (architecte) ; Chambon Henri (architecte)
2e quart 20e siècle
1931
Villeurbanne – Rhône (69)
Henri-Barbusse (avenue)
Vitali Françoise ; Belmont Yves
Historique
Changer la ville pour changer la vie : telle était l’ambition du maire socialiste de Villeurbanne, le docteur Lazare Goujon. Le projet, de vaste envergure, portait sur la création d’un nouveau centre-ville, moderne, complet et adapté aux réalités sociales de l’après-guerre (celle de 1914-1918). Par sa volonté politique et son audace, ce projet marquait aussi le désir d’affranchissement d’une commune laborieuse trop longtemps tenue dans l’ombre de Lyon. Ralliés à la cause, entrepreneurs et organismes privés financèrent l’entreprise sous la conduite de la Société villeurbannaise d’urbanisme, constituée pour l’occasion. Le chantier, ouvert d’un seul tenant sur quatre hectares et demi, fut conduit de 1931 à 1935 par un jeune architecte totalement inconnu à l’époque, Môrice Leroux. Le nouveau quartier regroupait mille quatre cents logements à bon marché, un centre administratif (Hôtel de Ville), des équipements sociaux et des commerces. Le Palais du travail, placé en vis-à-vis de la façade arrière de l’Hôtel de Ville qui ferme la perspective monumentale de l’ensemble, abritera en 1957 le Théâtre de la Cité, futur « Théâtre national populaire » (TNP), dirigé par Roger Planchon, qui jouera un rôle pionnier dans la décentralisation théâtrale. Plus académique, l’Hôtel de Ville, conçu par l’architecte Robert Giroud, se distingue par son beffroi de soixante mètres de haut et son strict ordonnancement avec attique que scandent des contreforts arrondis de béton montant de fond. Il ferme avec emphase la perspective du grand axe qu’ouvrent deux gratte-ciel. Ce quartier était nettement plus haut et plus dense que celui des Etats-Unis qui venait d’être construit à Lyon sous la direction de Tony Garnier et à la hauteur des gratte-ciel américains qui lui valurent rapidement son appellation. Considéré comme l’une des rares grandes opérations d’urbanisme en France de l’entre-deux-guerres et salué pour sa qualité, le quartier des Gratte-ciel a été protégé en 1994 en tant que « zone de protection du patrimoine architectural, urbain et paysager » et restauré (isolation par l’extérieur).
Description
L’ensemble d’habitations homogènes, inscrit dans une composition ordonnée autour d’une large avenue terminée par une place, est jalonné à l’entrée de la perspective par deux tours jumelles de dix-neuf étages dont la puissante retraite sommitale est flanqué de cages d’ascenseur vitrées, saillantes et futuristes. Six blocs d’habitations alternants de onze et neuf étages rythment le linéaire de l’avenue avec un jeu de redents, de retraites et de terrasses, inspiré de l’immeuble à gradins réalisé à Paris par l’architecte Henri Sauvage au début du siècle. La construction est réalisée avec une structure en acier (comme celle du Palais de Flore de Clément Laval situé à Lyon) avec un remplissage de briques. L’ensemble est alors à la pointe du confort : eau, gaz, électricité, chauffage urbain fourni par une centrale thermique, vide-ordures et ascenseurs desservant tous les logements par l’entremise de coursives et enrichi, sur le plan ornemental, par le carrelage deux tons à motifs des entrées et les vitraux Art déco des cages d’escalier, entièrement vitrées.
Observation
Si le terme « gratte-ciel » évoque à bon droit la modernité, qui s’exprime par ailleurs pleinement dans les dispositions constructives, cette réalisation reste, du point de vue de la composition d’ensemble, en retrait. Elle est fidèle à des conceptions d’urbanisme classiques, bien antérieures et restées actives tout au long du XIXe siècle. Cette persistance de la rue, plébiscitée par les usagers – la rue Henri-Barbusse est une des rues les plus vivantes de l’agglomération – met en évidence, au bénéfice de la tradition, une facette souvent ignorée de la compréhension de l’histoire de l’architecture au XXe siècle, où l’on a trop facilement voulu voir la seule innovation.

Liens
« les Utopies réalisées »
Bibliographie
Les Gratte-ciel de Villeurbanne, sous la direction d’Anne-Sophie Clémençon, avec Edith Traverso et Alain Lagier, Besançon, Editions de l’imprimeur, 2004.


ministère de la Culture et de la Communication / DRAC Rhône-Alpes