Le voyage des plantes



Rendez-vous aux Jardins 30, 31 mai et 1er juin 2008

Thème : le voyage des plantes

Tulipes d’Orient, pivoines de Chine, œillets d’Inde, roses de Damas, arbre de Judée, maïs d’Amérique, érable du Japon, tulipier de Virginie, laurier du Portugal... les plantes sont de grandes voyageuses.

La thématique choisie pour l’édition 2008 de Rendez-vous aux jardins « le voyage des plantes » ne couvre pas seulement l’aspect botanique et horticole des jardins. Ce thème peut se décliner selon une approche scientifique bien sûr, mais aussi par une approche historique et culturelle, sans oublier l’économie et l’esthétique.

Les plantes ont toujours voyagé, certaines sont devenues communes et banales. Si l’on retirait les arbres américains et extrêmes orientaux de nos parcs français, le paysage en résultant serait bien vide. Depuis la plus haute Antiquité, la quête de plantes exogènes est synonyme de puissance et pratiquée dans un but de prestige politique. Ainsi, Assurbanipal II avait introduit dans ses jardins suspendus de Babylone, des plantes venant de Médie, le pays de son épouse.
Posséder des plantes qui ne sont pas indigènes était un des enjeux des empires coloniaux. Les grandes expéditions botaniques des 17e et 18e siècles ont été organisées dans ce but.

Aux 16e et 17e siècles, les explorations botaniques étaient essentiellement liées à l’expansion commerciale et impériale des Hollandais vers le sud de l’Afrique et des Indes, des Anglais vers l’Amérique du Nord, des Portugais et des Espagnols vers l’Amérique du Sud. L’océan Pacifique a attiré des explorateurs, dès le 18e siècle, comme James Cook, Louis-Antoine de Bougainville ou La Pérouse. Ces expéditions avaient des enjeux politiques et économiques considérables, la connaissance scientifique venait en second plan, l’acclimatation de certaines plantes (café, cacao, épices...) était un enjeu économique indéniable.

L’introduction des plantes exogènes découle à la fois de la recherche scientifique et du besoin de diversifier le monde végétal afin d’en tirer un profit économique ou esthétique. L’introduction de la pomme de terre par Parmentier en est un bon exemple. Aujourd’hui, le voyage des plantes demeure un enjeu économique et social important grâce à la production horticole, notamment ornementale.

Mais l’introduction de plantes étrangères n’est pas seulement réservée aux scientifiques, un certain besoin d’alimenter la nouveauté, de stimuler la curiosité trouve dans les jardins un terrain fertile pour « les plantes à la mode ». La puissance et la richesse sont aussi représentées par certaines plantes, comme le cèdre au 18e siècle par exemple. L’introduction de plantes apporte beaucoup à l’esthétique des jardins, le grand public ne possède pas toujours les clés de lecture s’il n’a pas le cadrage historique lui permettant de décrypter la provenance et la date d’introduction des plantes.

Le voyage des plantes peut aussi être abordé du point de vue du scientifique grâce à l’acclimatation des végétaux et des problèmes que cela engendre, notamment les maladies véhiculées par les plantes importées (la graphiose pour l’orme, le phylloxera pour la vigne ou le chancre coloré pour le platane). Certaines plantes venues d’ailleurs se trouvent si bien acclimatées qu’elles deviennent concurrentes des plantes en place. La question de la maîtrise de ces plantes dites « invasives » est alors posée.

Certaines plantes introduites ont besoin d’un entretien particulier ou de structures spécifiques comme des serres, des orangeries ou des « bâches » comme pour la culture de l’ananas à Compiègne.

En Europe à la Renaissance, la fondation des jardins botaniques résulte à la fois de l’ambition de totaliser les connaissances scientifiques et de les diffuser, et d’une manière plus pragmatique de créer des lieux pour conserver les végétaux provenant des explorations botaniques. Aujourd’hui, alors que la botanique n’est plus enseignée et que les chercheurs travaillent plutôt sur l’ADN, on peut se demander à quoi sert un jardin botanique.

Ce besoin de connaissance du monde végétal est en constante évolution, Linné (dont on fête cette année le tricentenaire de la naissance) avait répertorié, identifié et décrit 8 000 plantes, les botanistes actuels travaillent sur un corpus de 300 000 plantes. Cette évolution de la discipline nous encourage à nous interroger sur la biodiversité et sur l’importance de conserver des plantes dans leur environnement « naturel ».

La question de la convention de Washington (CITES) établie 1992 afin de réglementer le commerce pour préserver les espèces animales et végétales devra être mise en avant. Il existe une liste rouge des plantes en voie d’extinction qu’il est important de faire connaître aux collectionneurs et aux propriétaires qui peuvent, sinon, porter un grand préjudice à la biodiversité végétale.

Cette thématique des Rendez-vous aux jardins 2008 peut nous emmener vers des contrées lointaines et exotiques mais le voyage des plantes se pratique aussi d’une parcelle à l’autre, de quelques centimètres à quelques kilomètres,grâce aux modes de dispersion variés des végétaux : par le vent, l’eau, les animaux ; ou encore par les échanges de plants et de graines des jardiniers entre eux.

Argumentaire établi par Marie-Hélène Bénetière

Ministère de la Culture et de la Communication - Direction de l’architecture et du patrimoine - Bureau de la conservation du patrimoine immobilier,
des jardins et des espaces protégé