Maurice Michaud (1905 - 1973)

Né en 1905 à Saint-Genis sur Guiers (département de la Savoie), Maurice Michaud est reçu à l'École polytechnique en 1925 et sort de l'école des Ponts et Chaussées en 1929. Passionné de montagne, il pratique l'alpinisme pendant ses périodes de vacances principalement dans le massif de l'Oisans, et fait quelques séjours de ski à Tignes et à Megève. En 1936, il rejoint les Alpes, en occupant son premier poste d'ingénieur responsable de l'arrondissement de la Tarentaise.

En 1939, engagé dans l'armée française, il est fait prisonnier par les troupes allemandes jusqu'en 1945. C'est en camp de prisonniers qu'il rencontre Laurent Chappis, qui prépare une thèse d'urbanisme sur l' « aménagement des Trois Vallées en Savoie ».
A la Libération, Maurice Michaud retrouve son poste d'ingénieur en Savoie, en charge de la vallée de la Tarentaise, et des projets d'aménagement des Trois Vallées, que le Conseil général de la Savoie a souhaité voir développés dès 1945. Il appelle Laurent Chappis pour remplir cette mission. Puis tous les deux, pendant près de quinze ans, chacun dans leurs responsabilités, mettront en oeuvre la station nouvelle de Courchevel 1850.

Nommé ingénieur en chef de Ponts et Chaussées en 1947, il est contraint de rejoindre le ministère de la défense nationale à Paris, mais revient dès l'année suivante à Chambéry comme directeur départemental de la Reconstruction de la Savoie. Il se lie d'amitié avec l'architecte Henry-Jacques Le Même, architecte en chef de la reconstruction de la Savoie (installé à Megève en Haute-Savoie depuis 1925).

En 1952, à ses fonctions de responsable de la reconstruction, s'ajoute celles de directeur départemental des Ponts et Chaussées. Il veille au développement de la nouvelle station départementale. Pour faire face aux difficultés de lancement de Courchevel 1850, il encourage le transfert des « dommages de guerre », des régions sinistrées, vers la station. En 1954, il fait appel à Emile Allais (champion de ski) qui revient des Etats-Unis, pour prendre en charge la gestion du domaine skiable de Courchevel 1850.

En 1955, Maurice Michaud acquiert à Courchevel 1850, un premier chalet de type préfabriqué, puis construira en 1962 le « chalet sud », dessiné par l'architecte Pierre Jomain, associé de Laurent Chappis.
En 1960, entouré à Chambéry de son équipe technique (les ingénieurs Marcel Bétemps, Roger Laurent, Jean Cambau , Cuelhes, Jean Cattelin le spécialiste des pistes de ski, l'architecte-urbaniste Georges Pialat, Marcel Regottaz, et l'ingénieur des Ponts et Chaussées Vincent Cambeau ), Maurice Michaud met en place « le plan neige », repérage des sites potentiels en vue de la création de stations de sports d'hiver dans les montagnes françaises. L'équipe devient en 1964, le Service d'Études et d'Aménagement Touristique de la Montagne (S.E.A.T.M.) chargé d'"étudier les conditions générales de développement du tourisme en montagne dans le cadre de la préparation du plan d'équipement touristique et de coordonner les actions entreprises pour l'aménagement des stations de sports d'hiver" pour le compte de la Commission Interministérielle pour l'Aménagement de la Montagne (C.I.A.M.).

Maurice Michaud prend la tête de ce service qu'il dirige pendant six années. Il est confronté alors aux décisions et aux choix relatifs à l'équipement de tous les grands sites de la montagne française. Il lance le concours pour l'aménagement de la vallée des Bellevilles en Savoie, en vue de la création de la station des Ménuires, provoquant de nombreuses controverses, dont celle de Laurent Chappis avec qui il s'oppose. Il soutient la création de la Plagne, première station intégrée. A Tignes, il encourage le promoteur Schneebelen pour la création de la station de Val-Claret.

Pendant plus de vingt cinq ans Maurice Michaud sera placé au coeur des décisions prises sur le devenir de la montagne française, ce qui lui vaut polémiques et débats, certains le surnommant « dictateur de la neige » (l'Express en 1967), d'autres « l'homme de quart », celui qui veille sur le devenir des territoires d'altitude (Jean-Noël Roy à la télévision en 1965).

Jean-François Lyon-Caen maitre assistant à l'école d'architecture de Grenoble